À Ally, dans le Cantal, l’ancienne gare de Drignac-Ally a retrouvé une seconde vie. Ici, plus de locomotive à vapeur ni d’autorail, mais des pédalorails, qui permettent aujourd’hui de parcourir en famille ou entre amis quelques kilomètres d’une voie que les trains ont déserté depuis longtemps. À la tête de cette activité, Olivier Prat fait revivre, circuit après circuit, tunnel après tunnel, un patrimoine que beaucoup pensaient oublié.

Mais avant de pédaler entre les tunnels et les viaducs, il faut comprendre d’où vient cette ligne et pourquoi elle s’est tue.
Une ligne née du charbon
Tout commence au XIXe siècle, quand une seule source d’énergie fait tourner la France industrielle : le charbon. Les gisements de l’arrondissement de Mauriac, notamment celui de Champagnac, comptent alors parmi les plus importants de la région. Pour les exploiter et les relier au reste du pays, un vaste réseau ferré se déploie peu à peu à travers le Cantal, concédé à la Compagnie d’Orléans.
La ligne empruntée aujourd’hui par le pédalorail n’est qu’un maillon de cet ensemble, mais un maillon stratégique : elle a permis, en 1893, l’ouverture complète de la ligne de Bourges à Miécaze, donnant naissance à une liaison directe entre Aurillac et Paris via Mauriac, Bort-les-Orgues et Eygurande-Merlines, la distance la plus courte jamais obtenue entre les deux villes, à peine plus de 556 km.

Quelques repères marquants de cette période d’expansion :
- 1882 — inauguration du tronçon Eygurande–Largnac
- 1887 — mise en service complète de la ligne de Montluçon à Eygurande-Merlines
- 1891 — ouverture de la ligne d’Aurillac à Saint-Denis-près-Martel, et mise en service de la section de Miécaze à Mauriac
- 1893 — ouverture complète de la ligne de Bourges à Miécaze
Le barrage de Bort et la fin d’une époque
L’histoire bascule dans les années 1940. La construction du barrage de Bort, déclarée d’utilité publique en 1942, va progressivement noyer une partie de la ligne. Le 15 mai 1950, le dernier train de jour assure la liaison Clermont-Ferrand–Mauriac via Eygurande-Merlines. Quelques mois plus tard, en mars 1951, les vannes du barrage se referment : les eaux montent jusqu’en amont de la gare de Singles, engloutissant définitivement cette portion de voie.
La ligne de substitution promise entre Bort-les-Orgues et Ussel, censée compenser cette perte, ne verra jamais le jour, malgré la mobilisation des habitants de Bort-les-Orgues.

Le déclin se poursuit ensuite par étapes, gare après gare, jusqu’à la circulation du tout dernier autorail entre Bort-les-Orgues et Aurillac le 2 juillet 1994, puis le déclassement définitif de plusieurs sections dans les décennies suivantes.
Une mémoire qui continue de rouler
De cette ligne autrefois parcourue par onze trains réguliers chaque jour, il ne reste aujourd’hui que des rails muets, des tunnels et des viaducs silencieux ; et c’est précisément cette mémoire que le pédalorail du Pays de Salers permet de faire revivre. En pédalant sur cette ancienne voie, les visiteurs empruntent le même tracé que des générations d’Auvergnats montant travailler à Paris.
Ce travail de mémoire est aussi celui que nous menons à travers nos documentaires : retrouver, filmer et raconter ce que ces lignes ont représenté pour le Cantal, avant qu’elles ne s’effacent tout à fait du paysage.
Le film :
Musiques :
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